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Samedi 30 Avril 2011

1- L'entrée magique 1983

Je suis entré en 3 D comme on rentre en magie.
La découverte que je fis de la 3 D en 1983 m'a ouvert la porte à des pratiques plastiques qui touchèrent autant à la 3 D avec l'ordinateur, qu'au dessin pur, à l'illustration et au film d'animation.
La première exploration personnelle des territoires de la "3 dimensions" fut à la fois bouleversante et passionnante.
Je n'ai d'ailleurs pas fini de vivre et de rêver les conséquences de cette période d'exploration et de découvertes.

L'histoire se déroula comme un conte étrange, qui affecta autant ma vie personnelle que professionnelle, s'il est possible de séparer nettement ces deux parts de l'activité humaine. J'en n'en raconterai ici que les prémisses.

Au départ arrive un personnage que je connaissais déjà, Daniel Borenstein, qui m'embarque dans une galère vouée à l'échec, malgré des augures fort prometteurs. Il s'agit, en mars avril 1983, de modéliser l'actrice Anemone en 3 D, pour un film de Jerôme Diamant-Berge, "L'Unique". Le projet n'aboutira pas, le film sera finalement tourné avec Julia Migenes, Anémone s'étant fachée avec Jacques Dorfman, le producteur.
Mais au départ de l'histoire, tout cela n'est pas encore prévu, et pour cause...

En 1983, on ne sait pas encore modéliser le corps humain avec un ordinateur comme aujourd'hui en 2009. D'ailleurs on ne modélise par encore grand chose.
La seule solution pour modéliser quoi que ce soit à l'époque est de relever les "cotes cartographiques" de l'objet que l'on va entrer ensuite - facette par facette - dans l'ordinateur.
Afin de me préparer à modéliser Anémone en 3D numérique, je décidais au préalable de réfléchir à la méthode pour relever ces fameuses "cotes cartographiques" d'un visage.

Je pris en photo, sous plusieurs angles, le visage régulier d'une jolie jeune femme de mes connaissances, Joëlle Malberg.

Puis, dans mon petit labo photo installé dans un cagibi, je projetais les négatifs sur du papier millimétré, et dessinais soigneusement la tête sous différents angles. Ensuite, à partir de 4 vues (face / dos / profil gauche / profil droit ) je relevais les "niveaux cartographiques" du visage de Joëlle Malberg.

Cette expérience m'excita prodigieusement. Plongé dans ma chambre claire artisanale mais cousue main, je me mis à dessiner plus que nécessaire cette figure. Puis je photographiais mes dessins et les projetais à leur tour, quand je ne projetais pas les photos sur les dessins, photographiant l'ensemble pour finir.
J'étais plongé dans un univers en niveaux de gris, ou se rencontraient soudain images négatives et images positives, où le blanc était tour à tour signe du noir ou lumière... Étrange voyage au pays des ombres, des morts et des naissances, pour lequel le destin semble m'avoir donné de curieuses et contradictoires dispositions...

De cette expérience sortirait l'été suivant une nouvelle technique de dessin mais aussi de couleurs, qui donnèrent naissance aux illustrations pour le Centre Georges Pompidou ("Transversal"), au film Tintin à Montpellier et à beaucoup d'autres travaux encore.

De la projection de personnages photographiés sous plusieurs angles, naitrait aussi le visage animé de Sophie Gilet dans le "Portrait n°2"

Plus d'un quart de siècle après, je suis toujours nourri de cette étrange expérience. Et si j'en parle aujourd'hui, peut-être est-ce du au fait que 26 ans plus tard, je me retrouve dans une situation de tension et de crise qui me renvoie à cette époque dure et précaire du début des années 1980, où je tentais avec beaucoup de peine à devenir réalisateur de film d'animation...

Montpellier, le lundi de Pâques du 13 avril 2009